Claudio Monteverdi   (1567-1643)

 
Compositeur italien, figure la plus importante de la transition de la Renaissance au baroque, dont l'œuvre influença l'évolution de l'histoire de l'opéra. Monteverdi se situe à la croisée de deux siècles, de deux mondes musicaux, dont il hérita une écriture polyphonique et contrapuntique complexe qui annonçait l'harmonie tonale et la monodie accompagnée.
Né à Crémone, il étudia la musique avec le célèbre théoricien Marco Antonio Ingegneri (1547-1592), qui lui enseigna les techniques d'écritures, l'orgue, le violon, l'art vocal et l'art des madrigalistes. À l'âge de quinze ans, Monteverdi composa sa première œuvre, un ensemble de vingt motets à trois voix.
En 1587, il écrivit son Premier Livre de madrigaux où prédomine une atmosphère pastorale et, dès 1605, il avait déjà composé cinq livres de madrigaux. Ceux-ci montrent une brusque transition entre la texture fluide et lisse des deux premiers livres (1587 et 1590), influencés par Marenzio, et l'approche plus dissonante, incisive et irrégulière des troisième et quatrième (1592 et 1603), liée à la signification de chacun des mots du texte, qui révèle l'influence de Jacques de Wert (v. 1526-1596), avec qui il fut en contact lorsqu'il entra au service du duc de Mantoue comme chanteur et joueur de viole, en 1590. Il commença alors à s'intéresser aux expériences que faisait avec ses drames musicaux Jacopo Peri (1561-1633), alors directeur de la musique à la cour des Médicis, et à des œuvres similaires d'autres compositeurs précoces. En 1600, Monteverdi obtint le poste de maître de musique à la cour de Mantoue, ce qui accrut son activité.
Le langage harmonique de Monteverdi avait déjà été l'objet de controverses, lorsque le chanoine Gio Maria Artusi écrivit en 1600 un essai attaquant, entre autres œuvres, deux de ses madrigaux à propos desquels Artusi écrivait qu'ils étaient « insuportables à l'oreille ». Ces œuvres dépassaient les limites de la polyphonie équilibrée qui était le but de la composition à la Renaissance. Les dissonances créées par l'ornementation, l'indépendance des voix étaient, selon lui, contraires aux règles strictes du contrepoint.
Avec ses nouvelles combinaisons harmoniques qui alliaient le diatonique et le chromatique, Monteverdi rompait, en effet, avec l'unité modale qui pour Artusi devait être l'essence même de l'œuvre. Dans ses œuvres, Monteverdi cherchait à lier l'harmonie, le rythme et le texte afin de produire une melodia dont l'expression épouse la poésie du texte.
En 1607 fut représenté le premier drame musical de Monteverdi, Orfeo. Cet opéra, qui surpassait toutes les tentatives de drames musicaux précédentes, fut probablement le développement de drame lyrique le plus important de l'histoire de l'opéra et le fit reconnaître comme une forme sérieuse d'expression musicale et théâtrale. À travers une utilisation habile des inflexions de la voix, Monteverdi cherchait à exprimer l'émotion comme elle aurait été exprimée par un bon acteur, pour obtenir un langage chromatique d'une grande liberté d'harmonie. L'orchestre, considérablement agrandi et varié, était employé non seulement pour accompagner les chanteurs, mais aussi pour installer l'atmosphère des différentes scènes et renforcer l'évolution du drame. La partition elle-même contient quatorze pièces orchestrales indépendantes. Orfeo obtint beaucoup de succès auprès du public et, avec son opéra suivant, Arianna (1608), dont ne subsite que l'admirable lamento, la réputation de Monteverdi comme compositeur d'opéra fut fermement établie.
En 1614, Monteverdi fut nommé maître de chapelle de Saint-Marc de Venise, l'un des postes musicaux les plus importants d'Italie. À partir de ce moment, il écrivit des motets, des madrigaux et des messes, mais aussi de nombreux opéras (dont beaucoup ont maintenant disparu), commandes des notables de Venise et des villes voisines.
Sa musique d'église puisait dans toute une gamme de styles, depuis la polyphonie à l'ancienne de la Messe de 1610, jusqu'à la musique vocale virtuose venue de l'opéra et à l'écriture des chorals (dérivée des compositions des prédécesseurs de Monteverdi à Venise, Andrea et Giovanni Gabrieli). On trouve ces deux derniers styles dans les Vêpres de la Vierge, qui datent aussi de 1610 et constituent probablement son œuvre la plus connue de nos jours. Dans ses Sixième, Septième et Huitième Livres de madrigaux (1614-1638), il s'éloigne encore plus de l'idéal de la polyphonie à voix égales de la Renaissance pour aborder de nouveaux styles mettant l'accent sur la mélodie, la ligne de basse et le support harmonique, ainsi que sur la déclamation personnelle ou théâtrale. Son Huitième Livre de madrigaux comprend, entre autres, les admirables Madrigali guerrieri e amorosi, véritables cantates qui constituent davantages des scènes lyriques que des madrigaux à proprement parler, dont le Combat de Tancrède. En 1637 s'ouvrit, à Venise, le premier théâtre lyrique public, et Monteverdi écrivit une nouvelle série d'opéras, dont deux nous sont parvenus, le Retour d'Ulysse (1641) et le Couronnement de Poppée, (1642). Écrits à la fin de sa vie, ils comportent des scènes d'une grande intensité dramatique dans lesquelles la musique, tant vocale qu'orchestrale, reflète les pensées et les émotions des personnages. Avec le Couronnement de Poppé, les principes de l'opéra apparaissent clairement définis. Scènes comiques, chansons populaires, duos, etc. témoignent, de par leur diversité, d'un genre qui veut s'ouvrir à un public de plus en plus large. Ces deux opéras influencèrent par la suite nombre de compositeurs d'opéras, dont Gluck et Wagner. Monteverdi est mort à Venise le 29 novembre 1643.